Hamidou Ballo : un mélomane des temps anciens

Crédit : Amadou FANE

Dans les années 1970, Hamidou Ballo était un jeune malien dynamique. À l’époque, il avait du goût pour l’habillement, la photo, le cinéma et de nombreuses autres choses qui donnent un sens à la jeunesse. Très photogénique et doté d’une facilité pour faire, en un laps de temps très court, plus de 10 poses différentes, il était devenu la coqueluche de la plupart des photographes de Bamako. Mais la star des photos était aussi l’un des plus grands mélomanes de la ville.

« J’ai commencé comme apprenti tailleur à Bozola, un quartier populaire du centre de Bamako, chez feu Aliou Doumbia. C’était en 1961 ».

Ces propos du vieux Hamidou Ballo, nous font savoir qu’il n’a pas brûlé les étapes, en ce qui concerne son métier d’aujourd’hui : maître tailleur.

Actuellement chef d’une famille équilibrée, Hamidou Ballo a eu 4 filles et 4 garçons, tous eux-mêmes parents désormais. En plus de son épouse, tous ses descendants évoluent dans le secteur du fil, de aiguille et du tissu, de façon professionnelle, ou pas. Seul un fils a préféré tracer son propre chemin dans le domaine du transport. 

Résident à Djélibougou, en commune I du district de Bamako, à quelques kilomètres de son lieu de travail, situé à Doumazana, sur la route du quartier Nafadji, le mélomane des temps anciens et ses 3 garçons dirigent un atelier de couture spécialisé dans la conception de tenues d’homme, notamment de costumes, les « à bas le costume » ou abacost…

Du goût pour l’habillement

Crédit : Amadou FANE

Amoureux des belles chaussures et des beaux vêtements, ce spécialiste de l’habillement d’une autre époque était très convoité par les photographes de la capitale, notamment : Amadou Fané, Malick Diakité de Bagadadji et bien d’autres.

Il le dit lui-même :

« Les professionnels de l’image m’appelaient personnellement pour que je pose pour eux. Selon eux, j’étais non seulement photogénique, mais j’avais la capacité de faire 10 poses sur place et toutes différentes. »

Devenu une coqueluche des jeunes de Bamako, il fascinait de nombreux occidentaux qui avaient choisi de vivre à Bamako.

Hamidou Ballo se souvient encore :

« Il y a l’un d’entre eux qui est spécialement venu me voir, pour m’offrir l’équivalent de 200 000 FCFA, comme cadeau. Et cela est resté pour moi la plus grosse somme que j’ai eu d’un coup dans ma vie de mélomane. »

La touche personnelle

« ‘’Mali élégance’’ et ‘’Saint Germain’’ étaient mes boutiques préférées, dans lesquelles je partais régulièrement me ravitailler, respectivement en chaussures et tissus, rien que pour mon autopromotion. »

Hamidou Ballo ajoute que c’est la période où une paire de chaussures pouvait coûter entre 10 000 et 12 000 francs malien c’est à dire (5 000 et 6 000 FCFA) et le mètre de tissu à partir 4 000 francs malien l’équivalent 2000 en CFA.

Après l’étape du souk, place à la touche personnelle, où l’inspiration était piochée dans les films occidentaux qu’Hamidou Ballo ne ratait sous aucun prétexte. Une raison de plus qui justifiait sa présence chaque week-end dans les salles de cinéma comme le « vox » ou le « Rex ». Des lieux où ses fans se donnaient également rendez-vous, pour se faire photographier avec leur idole. Aujourd’hui, l’on parlerait plutôt de « selfies ». Et, plusieurs de ces photographies ont agrémenté les expositions à Bamako et ont donné une vie particulière aux murs de grands hôtels.


Du mannequinat à l’acteur de Cinéma

En confectionnant et en portant exactement la même tenue que l’acteur du film dénommé « Pourquoi voulez-vous tuez ma femme ? », Hamidou Ballo dit avoir failli ne pas se faire transporter en taxi, un jour à Bamako. Selon lui, le taximètre avait tout simplement peur.

D’après le vieux Hamidou Ballo,

« Il m’a dit qu’il n’avait jamais vu une personne habillée pareillement au Mali »

Le taximètre lui aurait dit :

« Si je n’avais pas un autre passager à bord, je n’étais pas sûr que j’allais m’arrêter pour vous prendre »

À la suite de tout cela, le mélomane malien des temps anciens a finit par être lui-même un acteur de cinéma. Il dit avoir participé au tournage d’un film dans les années 1976, titré « Kassodén » ou prisonnier en langue Bambara. Le réalisateur de ce film malien, se faisait appeler tout simplement Séga. Il a précisé :

« Nous avons débuté le processus de tournage à Bamako, pour continuer jusqu’à Mopti et Sangha (derrière Bandiagara) en passant par Ségou. »

Ce qui est regrettable !

Faute de compréhension entre les techniciens, les acteurs et Séga, la réalisation du film « Kassodén » s’est finalement interrompue. Selon notre interlocuteur, les difficultés financières sont passées par là et le projet du film a été mis sous l’éteignoir. Mais malheureusement cette mésaventure eu une grave conséquence sur les relations entre Hamidou Ballo et le photographe Amadou Diakité, qui avait été le trait d’union entre lui et le réalisateur.

Déçu et abusé, Hamidou Ballo a fait ses bagages en janvier 1979 pour la république de la Côte d’Ivoire. Il s’installa précisément à Bouaké. Mais, cette aventure n’ayant pas été trop fructueuse, l’homme retourne au bercail rejoindre sa famille, exactement le 1er janvier 1998.

« Depuis ce moment, avec l’âge, je n’ai plus été attiré par les histoires de photos, à part pour les pièces d’identité. »

Notre mélomane des temps anciens est aujourd’hui convaincu, même sans preuve, qu’il y’a des gens qui vivent bien, grâce à ses poses photographiques de l’époque, au moment où lui se débat derrière sa machine pour joindre les deux bouts.

lindiallo

A propos lindiallo

Originaire de Rikou (Ouahigouya), à des km de Ouagadougou (Burkina Faso), je représente Un peulh perdu, à la recherche de sa langue et de sa culture. Je crois au plus grand défis du monde: rester serin, ignorer l’ignorance et d’aimer les êtres de l’humanité, au delà de leurs trahisons. Je suis pour ceux-là, qui pensent que le racisme ne paye pas. Un mélange du nord et du sud, ici bas, nous pouvons tous vivre ensemble en parfaite communauté, sans racisme ni terrorisme. Un africain né dans la région du Mali, je suis journaliste, blogueur qui réponds au nom de Lin dit Moussa DIALLO.
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